Il existe différentes sortes de pivoines : pivoine arbustive ou herbacée, et même intersectionnelle. À Hohenheim, j’en ai découvert deux. La troisième, je la cherche encore. Je suis retournée à Hohenheim cette semaine. La Paeonia tenuifolia était là, épanouie, mais elle s’affaissait un peu sous le poids de ses fleurs. À côté d’elle, sa voisine : Paeonia suffruticosa, la pivoine arbustive s’ouvrait en grand. Je l’avais vue en bouton trois jours plus tôt. En trois jours, tout avait changé. Fleurs larges, portées haut sur des tiges ligneuses. La tenuifolia semblait presque petite à côté. Et plus loin, les herbacées encore en boutons, gonflés, colorés aux coutures et une ou deux commençaient à éclore. On les voit toutes ensemble et on se demande : quelle est la différence, au fond ?
Pivoine arbustive ou herbacée et intersectionnelle
La question pivoine arbustive ou herbacée revient souvent. Tu connais sûrement la pivoine herbacée. C’est celle du fleuriste en mai, ronde, parfumée, rose ou blanche, qui s’affaisse parfois sous son propre poids après la pluie. Elle disparaît entièrement en hiver, rentre sous terre, puis repousse de zéro chaque printemps.

© Véronique pour Youzenme — Hohenheimer Gärten, Universität Hohenheim, Stuttgart, mai 2026
La pivoine arbustive, elle, garde ses tiges. Elles lignifient, persistent tout l’hiver comme un petit arbuste dénudé, puis redémarrent au printemps depuis ces mêmes branches. C’est pour ça qu’elle fleurit plus tôt. À Hohenheim cette semaine, les arbustives étaient en pleine gloire pendant que les herbacées attendaient encore. Le feuillage est différent aussi, profondément découpé, avec une texture presque coriace. Et les fleurs ont quelque chose de plus sauvage, de mémorable et ne laissent jamais indifférents.

© Véronique pour Youzenme — Hohenheimer Gärten, Universität Hohenheim, Stuttgart, mai 2026
La pivoine intersectionnelle, connue aussi sous le nom de pivoine Itoh, est le croisement des deux. Herbacée par le bas, arbustive par le haut. Elle a la floraison spectaculaire de l’arbustive et la robustesse de l’herbacée. Et ses couleurs sont souvent impossibles à trouver ailleurs dans le genre : jaune citron, abricot, orange doux. Des teintes qui n’existent ni chez les herbacées classiques ni chez les arbustives pures. Je les cherche depuis le début de ce défi. Je ne les ai pas encore trouvées dans les jardins botaniques. Ces prochains jours, je vais tenter les jardineries spécialisées.
Une fleur née d’une histoire de jalousie
La pivoine porte le nom de Paeon, médecin des dieux dans la mythologie grecque. Zeus l’aurait transformé en fleur pour le soustraire à la jalousie de son maître Asclepios. Une fleur née d’une transmission impossible, ça colle étrangement bien avec l’histoire des Itoh. En 1948, après près de 20 000 tentatives, le Dr Toichi Itoh réussit ce que les botanistes considéraient comme génétiquement impossible : croiser une pivoine herbacée avec une pivoine arbustive. Il obtint 36 semis. Mais il ne vit jamais ses pivoines fleurir. Il mourut en 1956. Sa famille porta les plantes jusqu’à leur première floraison en 1964. Sa veuve transmit ensuite les plants à Louis Smirnow, un comptable new-yorkais et passionné de pivoines, qui les introduisit aux États-Unis en 1966 sous le nom « Itoh Smirnow hybrids ». Depuis, les horticulteurs ont multiplié les cultivars : ‘Bartzella’ et son jaune soufre, ‘Cora Louise’ et son blanc crème maculé de pourpre, ‘Julia Rose’ qui ouvre rouge cerise, vire à l’orange, et finit jaune doux au fil des jours. Mais dans les jardins botaniques, on les cherche rarement. Un jardin botanique collectionne les espèces, les formes botaniques, les cultivars anciens, pas les hybrides horticoles récents. Les intersectionnelles appartiennent au monde des pépiniéristes passionnés, des collectionneurs, des jardins privés. Je continue de les chercher.
Les autres jardins à pivoines
Hohenheim n’est pas le seul endroit où les pivoines valent le détour en ce moment. Würzburg possède de très belles collections, généreuses, dans le cadre soigné d’un jardin universitaire. Je reste prudente sur les conditions d’accès actuelles, car des travaux importants étaient en cours l’année dernière. À vérifier avant de faire le déplacement, surtout si tu as des contraintes de mobilité. Tübingen offre quelque chose de plus romantique, intégrées dans l’ambiance du jardin et une cinquantaine de variétés pour le plaisir des yeux et de chercher les différences entre chaque variété. J’espère y retourner avant la fin de saison Baden-Baden également, entre Trinkhalle et Casino, je vous en parle prochainement
Pourquoi y aller maintenant
La fenêtre est courte. Les arbustives sont en pleine floraison cette semaine. Les herbacées ouvrent leurs boutons d’un jour à l’autre. Dans dix jours, les premières seront finies. Les pivoines intersectionnelles ? Je les cherche encore. Je te dirai où je les trouve.
Infos pratiques
Hohenheimer Gärten Universität Hohenheim 70599 Stuttgart
Accès U-Bahn ligne U3, station Plieningen (terminus) et bus pour l’université Le jardin est accessible à pied depuis la station.
Entrée Libre, toute l’année
Pivoines arbustives ou herbacées en ce moment Arbustives : pleine floraison Herbacées : boutons, floraison imminente et les tenuifolia sont dejà en fleurs Intersectionnelles (Itoh) : pas en jardin botanique
Mobilité Terrain majoritairement plat, allées praticables
Sources
American Peony Society — Histoire des pivoines intersectionnelles Erica Obey — Peonies, a fantastic year for a fantastic flower Jardin botanique de Hohenheim — Hohenheimer Gärten
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